Conférence « Quand a-t-on cessé de manger « comme au Moyen Âge » ? »

Publié le 19 juin 2017

20 juin 2017 – 19h30

Auditorium de la Bibliothèque Municipale – 2 bis avenue André Malraux 37000 Tours

Intervenant

Bruno LAURIOUX, Professeur d’histoire du Moyen Âge et de l’alimentation à l’Université de Tours, Président de l’Institut Européen d’Histoire et des Cultures de l’Alimentation (IEHCA)

Cette lecture publique est organisée dans le cadre de la conférence :
> The dynamics of the relationship with the more recent past in early-modern Europe: between rejection and acknowledgement

Résumé

C’est le Moyen Âge ! On entend souvent, à la télévision ou dans la vie courante, cette expression qui sert à stigmatiser une coutume ou une situation ressentie comme particulièrement archaïque. Elle trouve son origine dans la légende noire du Moyen Âge, créée au XVe siècle par les humanistes et ensuite diffusée par une idéologie du progrès qui trouvait en elle un parfait repoussoir.

Or, cette légende noire a aussi un versant alimentaire, que l’on se propose d’explorer dans la présente conférence. Pour cela, il faut se poser la question non seulement de la date à laquelle on aurait cessé de manger « comme au Moyen Âge » mais aussi des raisons et des modalités de cette rupture.

En vérité, le Moyen Âge est une longue période d’un millénaire qui a logiquement connu de grandes évolutions dans ses manières de table, ses techniques culinaires et ses choix gastronomiques. L’Occident médiéval offre de ce point de vue la plus grande diversité, y compris régionale, à l’orée de la Renaissance.

Entre 1450 et 1650, se repèrent les indices d’un décrochage très progressif et très inégal qui mène à la « modernité » alimentaire. L’évolution est très perceptible dans les livres de cuisine français dont disparurent progressivement les épices ou les mets sucrés-salés. Mais pour certains espaces européens comme l’Europe orientale ou l’Angleterre, il est permis de se demander si l’on y a vraiment cessé de manger médiéval.

Des humanistes et des voyageurs de la Renaissance témoignèrent de cette transition en affichant leur dégoût pour les préparations épicées, qui semblaient désormais caractéristiques d’une nourriture barbare. Par un de ces renversements dont l’histoire est friande, les succès actuels de la « World cuisine » ou de la « cuisine fusion » pourraient bien signifier que nous avons recommencé à manger « comme au Moyen Âge ».

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